Mardi 14 juillet 1998
A 9 heures du matin, il règne une sainte odeur de polenta
Les nuages, le brouillard, sont toujours présents : pourtant l’amélioration est annoncée!
Je suis le premier à oser quitter le refuge à 7 h et demie, et me retrouve enveloppé dans une mer de brouillard. Heureusement les marques vertes et oranges sur les pierres sont proches les unes des autres et évitent ainsi de partir sur une sente de troupeaux.
En un quart d’heure j’arrive au col de la Vallée Etroite : ancienne frontière italienne avant la guerre, et maintenant limite des départements de la Savoie et des Hautes alpes. La séparation est marquante, de l’autre côté du col le brouillard a disparu! On s’aperçoit que la brume remonte du versant savoyard et se volatilise en l’air. Il y a bien quelques nuages élevés, mais le soleil est présent. Est-ce la différence entre ces deux départements, ou la limite franchie entre alpes du nord et du sud? Toujours est il que depuis le refuge avant le départ, on ne se doutait pas de cet effet, et bon nombre de randonneurs doivent attendre là-bas que les nuages s’envolent!
Je suis bien content d’avoir un peu plus chaud dans cette descente au milieu des rhododendrons, et des pâturages. Autre signe qui ne trompe pas, ici les vaches n’ont pas la même allure, et sont plus faméliques que les tarentaises ou abondancières. L’herbe n’est plus aussi grasse
: constatation d’hier confirmée.
Près du pont de la fonderie, j'entrevois une jolie « campeuse Naïade » faisant ses ablutions matinales dans le torrent! Visiblement pas gênée par mon passage, je serai bien resté plus longtemps dans le coin. Le chemin devient plus large dans une belle forêt de mélèzes. Je rencontre des randonneurs, surtout des italiens, montant au Thabor. Au hameau de la Vallée Etroite, petite pause café au refuge de Bépé Ferrario, que je connais depuis une quinzaine d’années. Il n’est pas là. C’est une charmante jeune italienne, en plein ménage qui me sert le café. Décidément cette vallée est de plus en plus agréable!!! D’autant qu’il règne à l’intérieur de ce refuge du Club Alpin Italien, une sainte odeur de polenta et de viande mijotant lentement..... à 9 heures du matin! Extraordinaire. La polenta est la grande spécialité des gérants de ce refuge.
Bon, je repars, car en plus il fait beau. En montant à travers bois je vois bien que derrière moi tout est encore dans le brouillard!
A Plampinet, petite pause omelette à l’auberge de la Clarée. Le temps est beau, le ciel est parfaitement dégagé.
Je choisis de suivre le chemin servant de piste de ski de fond l’hiver. Cette vallée est magnifique : on traverse la forêt de mélèzes, en longeant le torrent, « la Clarée », dans lequel certains font trempette en bordure de petites plages de sable et de gravillons, pendant que d’autres pique-niquent en famille à l’ombre.
Plus loin, le village de Val des Près, où deux voitures ne peuvent même pas se croiser sur la route. D’ailleurs cette vallée a toujours été l’objet de convoitises. Des promoteurs ont souvent tenté d’y faire un tracé autoroutier, et d’aménager le col de l’Echelle pour les camions. Comme si Montgenèvre tout proche, et le col de Fréjus au dessus de Modane ne suffisait pas! Heureusement, les habitants de la vallée de la Clarée, de La Vachette à Névache ont su faire barrage à des projets qui auraient ici aussi défiguré le paysage, pour un profit incertain.
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