de St Gingolph (lac Léman) à MENTON (Méditerranée)
du 4 au 22 juillet 2004
Les marques GR®, GRP®, les signes de
balisage correspondants (blanc/rouge et jaune/rouge), et PR® sont des marques déposées par la Fédération Française de la randonnée pédestre.
Autorisation de reproduction 2008.
Petites précautions avant le départ.
Vouloir faire le GR® 5 : du
lac Léman à la Méditerranée en moins de 20 étapes,
en
empruntant la variante (GR® 52) dans la dernière partie du Mercantour et la
vallée des Merveilles,
n’est pas une prouesse, mais ce n’est pas non plus une
promenade...
Depuis
20 ans, j'ai à mon actif 3 GTA du Léman à Nice - 1990, 1995, 1998,
et
3 GTA du Léman à Menton - 1984, 1994, 2004. Sans
oublier bien sûr : Briançon - Menton en 1988, camping
et autonomie en 20 étapes avec mes deux fils, Christian
et Frédéric âgés de 15, et 13 ans.
C’est
un immense terrain de jeux, un « défouloir. »
En
19 jours, j'ai traversé : les
5 départements alpins Haute
Savoie, Savoie, Hautes Alpes, Alpes de Haute Provence, Alpes
Maritimes,
les
60 cols, collets, passages, ou baisses, les
29 177 mètres de dénivelées positives, et 30 271 mètres de
dénivelées négatives.
Un
petit clic sur la carte pour l'agrandir Mes
étapes 4
juillet : de St Gingolph à Plaine Dranse 5
juillet : de Plaine Dranse à Salvagny 6
juillet : de Salvagny aux Houches 7
juillet : des Houches au Col du Bonhome 8
juillet : du Col du Bonhome à Peisey 9
juillet : de Peisey à Tignes 10
juillet : de Tignes à Pralognan 11
juillet : de Pralognan à Modane 12
juillet : de Modane à la Vallée Etroite 13
juillet : de la Vallée Etroite à Briançon 14
juillet : de Briançon à Ceillac 15
juillet : de Ceillac à Larche 16
juillet : de Larche à St Etienne de Tinée 17
juillet : de St Etienne de Tinée à Longon 18
juillet : de Longon à St Dalmas Valdeblore 19
juillet : de St Dalmas Valdeblore au Boréon 20
juillet : du Boréon au refuge de Nice 21
juillet : du refuge de Nice à Sospel 22
juillet : de Sospel à Menton
Les différents fascicules et topo guides, notamment ceux de
la Fédération Française de la Randonnée Pédestre
détaillent les
étapes, en quatre topos :
Chacun est libre d’organiser sa randonnée, et ses haltes selon ses
possibilités physiques et matérielles.
Réf 504 du Léman au Mont
Blanc
Réf 530 la Vanoise
Réf 531 de Modane à Larche
Réf 507 de Larche à Nice ou
Menton
Avant de partir pour une Grande randonnée de ce type, une chose est
primordiale :
la trousse pharmaceutique.
La mienne est composée de la façon suivante :
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Elastoplast |
Coton |
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Hansaplast |
Petit ciseau |
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Double peau |
Pince à épiler |
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Emplâtre américain |
Akiléine "NOK" anti frottement |
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Crème solaire |
Gel anti inflammatoire |
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stick lèvres |
Doliprane |
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Lime à ongles |
Bétadine |
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Spray anti insectes |
Fil, aiguille |
HOMÉOPATHIE
| 4 Doses granules Arnica 9 CH |
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3 Doses granules Rhus Toxicodendron 30 CH |
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Isostar Performance Vitamines B1, et B6 |
| Isostar Sodium récupération |
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Juvamine Vitamine C |
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Préparation Gaïacol + teinture d’iode : (recette ci-dessous) |
Cette recette m’a été donnée par un ami marathonien et grand spécialiste des courses en montagne : un dingue du dénivelé...
Pour les tendinites du genou, fréquentes dans les longues marches, notamment dans les éboulis, un traitement d’une extraordinaire efficacité, d’une thérapeutique très ancienne, peu coûteuse, et peu connue ; se badigeonner le genou avec un coton imprégné de la composition suivante :
pendant 15 jours si grosses douleurs, autrement deux ou trois jours
suffisent. Faire préparer par le pharmacien :
3 g de
Salicylate de Gaïacol (autrement dit du sel de Gaïacol) : car c'est ce dérivé
qui a des propriétés anti-inflammatoires.
Plus teinture d’iode
glycérinée, soit environ 20 g pour un petit flacon de 10 cl.
Départ du G.R® 5 pour les Alpes, sur le bord du lac Léman : St Gingolph à 15 km d’Evian, ce village frontière avec la Suisse est coupé en deux. Chaque partie possède son administration. Les postes douaniers n’ont pas disparu, et la surveillance est présente.
Côté Suisse, on accepte les
Euros.
Côté français, et côté suisse, il y a ce qu’il faut pour se loger et passer la nuit : plusieurs hôtels à prix abordables, et même un gîte d’étape à Novel, un peu plus haut.
C’est le torrent frontalier : "la Morge" qu’il faudra suivre demain matin.
Un petit clic pour agrandir les photos
St Gingolph
A l'aide des topos guides, et pour chaque étape j'ai inclus un tableau détaillant mes dénivellations quotidiennes :
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Dimanche 4 juillet 2004 de St Gingolph à Plaine Dranse
1ère étape gigantesque qui surprend tout le monde, et pour la 5ème fois j'en suis aussi encore étonné...
Il y a déjà un bon moment que je suis réveillé, lorsque le bip de ma montre se fait entendre à 4 heures... Un coup d'oeil à la fenêtre pour voir que le ciel est étoilé. Une petite douche, suivie du massage des pieds à l'Akiléine anti-frottement, quelques biscuits vitaminés B, et des abricots secs. Me voila fin prêt : je quitte l'hôtel des Alpes à 5 heures. Pour le moment l'éclairage public me suffit ; je m'engage sous le petit pont de la voie de chemin de fer, et la petite route montant dans St Gingolph. Un peu plus loin, un chemin caillouteux grimpe sous les arbres, et je suis obligé de me servir de ma lampe ; pas très longtemps car le bois traversé n'est pas dense, et le jour commence à poindre. Comme chaque fois il y a un mélange d'enthousiasme et de crainte en commençant cette GTA. Enthousiasme : parceque je me sens libre d'aller à mon gré, et crainte de ne pas faire aussi bien que les fois précédentes, alors que c'est mon souhait!
Je traverse le village de Novel tout endormi. Je ressens une douleur aux deux talons... Au bout d'un moment je m'arrête : en effet, il y a les prémices d'une ampoule à chaque talon! Ca commence bien! L'Akiléine en massage tous les matins depuis un mois, ne produit pas son effet cette fois ci! Un bout de double peau, et elastoplast par dessus, et me voila reparti. Le ciel est bleu! magnifique! pas un nuage. Le sentier passe par une petite chapelle, et le petit hameau de La Planche d'où part la variante du Tour du Léman par la Dent d'Oche. La montée est rude sur ce sentier envahit de hautes herbes. Passage aux chalets de Neuteu, autrefois un hameau en ruine, mais depuis quelques années certaines maisons sont rénovées.
Les douleurs aux talons se font à nouveau sentir. Forcément je ne fais que monter, et les talons en prennent un coup! En plus j'ai l'impression de ne pas avancer! je me traîne... on dirait que je n'ai pas mes jambes habituelles! C'est dur de démarrer une première journée par une longue montée de plus de 1500 mètres. En arrivant au col de Bise, j'ai mal partout! Grande surprise... il y a des dizaines de randonneurs qui montent des chalets de Bise! C'est dimanche, c'est vrai, et il fait beau. Moi je vais descendre ; je suis plus à l'aise que dans la montée.
Arrivé aux chalets : petite pause au refuge de Bise pour prendre un petit déjeuner. Le parking à proximité est plein il n'est même pas 10 heures! Ce n'est pas étonnant qu'il y ait tant de monde dans le coin.
Je profite de l'arrêt pour enlever mes chaussures, et regarder mes pieds. L'elastoplast a fichu le camp! Je n'ai pourtant pas les pieds mouillés, ni humides, mais il a glissé. La chaussette frotte contre l'ampoule. Je me dis que j'ai eu tort d'emmener des chaussettes bouclettes, confortables paraît-il... oui mais pour marcher sur du plat! Ici je n'ai fait que monter depuis 5 heures du matin. Dans les cotes, la bouclette frotte le pansement et le tire vers le bas du talon. Je remets un autre pansement! A cette allure, il me faudra trouver très vite d'autres "Double Peau" et Elastoplast.
Nouvelle montée au Pas de la Bosse : je n'ai vraiment pas la pêche habituelle ; fatigue? Je n'avance pas, et je me traîne, mais je suis content d'arriver en haut : je sais que maintenant c'est la descente par les prés, le chalet de Cheneau à l'allure abandonnée, les alpages, les champs... tiens! un chamois gambade... la forêt de sapins, la route goudronnée, encore un parking, et la route mène à La Chapelle d'Abondance. Il est à peine midi.
Il faut longer la route de Châtel sur 2 km environ. Il fait très chaud, le soleil donne... Je retrouve le chemin à droite un peu perdu au milieu de travaux sur la route. Après avoir traversé la Dranse, le GR® grimpe en forêt par des lacets. Je redoute la montée raide : je sens que çà tire aux talons. L'elastoplast tiendra t-il? Un petit chalet nommé "Sur Bayard", et le sentier suit la courbe de niveau d'une prairie ; moment de répit quand çà ne monte pas! Après ce court intermède presque plat, la montée est à nouveau très ardue jusqu'au chalet "des Crottes"... Maintenant la forêt fait place à l'alpage en grimpant encore au chalet "La Torrens".
J'aperçois au loin Châtel ainsi que le hameau de Plaine Dranse. Je me sens toujours aussi fatigué physiquement et les talons sont aussi douloureux. Je n'ose enlever mes chaussures, pour changer encore les pansements... Maintenant c'est la descente par le sentier qui décrit un arc de cercle et contourne la combe du Mont de Grange. Un large chemin en remontant doucement conduit au chalet de l'Etrye. Le ciel s'est voilé, et le soleil a disparu ; ce n'est pas très bon signe pour demain! Après quelques lacets, et une courte descente, je parviens au chalet de l'Enlevay : ferme d'alpage. A ma droite au loin, les pistes de ski de Morzine Avoriaz. Le chemin est presque plat pendant un bon moment, puis je prends un sentier à gauche : direction Grands Plans ; un peu de descente, et une petite route envahie de 4X4 remonte pour rejoindre la route du col de Bassachaux. Je redescends sur la gauche pour enfin arriver au gîte de Plaine Dranse. Il est 18 h 45 !
Grande surprise! un gars m'annonce que les patrons viennent de monter au col de Bassachaux, où ils ont leur restaurant et chambres! Je me sens incapable de marcher 20 minutes de plus pour y aller, alors que j'étais si près tout à l'heure à la sortie de la petite route! Le gars téléphone... "on vient vous chercher!" Peu de temps après une camionnette me conduit au col de Bassachaux.
Mme CREPY, la patronne me reconnaît : "On vous attendait, et on pensait que vous arriveriez plus tôt". Mais elle sait très bien que je viens de loin, car c'est la cinquième fois que je fais cette étape gigantesque! Je n'ai même pas le temps de prendre une douche, de me changer, et surtout d'enlever mes chaussures, je me retrouve avec un demi de bière devant moi. Les patrons prennent de mes nouvelles, m'interrogent, me questionnent, "Qu'avez vous fait depuis six ans?" D'où je viens? çà on le sait! je fais toujours St Gingolph - Plaine Dranse dans la journée, mais cette année avec plus de difficultés que les précédentes fois... Il y a du monde dans le resto, l'ambiance est sympathique. J'ai presque plus mal nulle part! Un seul randonneur est là : il a mis 3 jours pour faire ce que j'ai fait dans la journée! mais il est chargé comme un mulet! Son sac fait 18 kg de choses inutiles ; le mien 12 kg, et tout n'est pas utile à 100%, mais il y a 25 ans d'expérience de la montagne derrière tout çà! Le repas est excellent et copieux comme d'habitude : jambon cru, melon, poulet au curry riz, fromage, crème brûlée, vin. Le tout lié à l'accueil me procure un immense plaisir. C'est l'un des meilleurs gîtes d'étape de la GTA : beaucoup d'autres m'ont déçu, et ne valent pas la peine de s'y arrêter. Je le dirai au fil de ces journées. Plaine Dranse est un peu en dehors du GR® 5, mais celui ci passe par le col de Bassachaux au milieu des prairies et des sapins dans un cadre agréable. M. et Mme CREPY doivent construire un refuge au col afin d'éviter aux randonneurs cette partie hors GR® de Plaine Dranse.
Pour le moment, je suis dans un petit dortoir de deux lits avec l'autre randonneur. Après dîner je ne peux que constater les dégâts aux pieds, surtout le talon droit : une ampoule grosse comme mon pouce et la chair à vif. Le pied gauche n'a rien! Je prends ma douche, et je soigne tout çà, puis je m'endors fatigué mais heureux!...
Col de Bassachaux |
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Mardi 6 juillet 2004
Réveillé à
6 heures, il pleut
toujours! je ne sais pas si je dois me lever. En plus mon ampoule ne
s'arrange pas! Je me prépare quand même : j'ai nullement
envie de rester ici! Je prends le temps de m'occuper de mes pieds.
Double peau, elastoplast en long et en large. Maintenant, il fait jour, et la pluie semble cesser. Il faut au moins manger mes tartines beurrées, et boire un verre d'eau "fraîche", à défaut d'autre chose! Ils ont même oublié le sucre!
Mon étape ici m'a coûté : 21,00 € le repas hier soir + 18,90 € la nuitée et le petit déj d'eau chaude! J'ai connu ce gîte autrement avec les précédents propriétaires... Je regrette même de ne pas être allé à l'hôtel "le Petit Tétras" un peu plus haut : là où j'ai d'autres fois fait étape aussi... Je n'aurai pas payé beaucoup plus cher pour un meilleur service!
A côté du gîte "Chez Crépy" hier soir à Plaine Dranse, c'est le jour et la nuit!
de Salvagny à Servoz
Il ne pleut plus, mais un épais brouillard monte sans cesse! Je vais quand même partir. Il est 8 heures et demie du matin ; c'est un départ de touriste! Je me demande si je vais arriver ce soir au bout de cette grosse étape jusqu'aux Houches! J'aurai dû partir vers les 5 heures du matin!
La petite route conduit à une scierie et après un lacet, le sentier part à gauche et coupe en plusieurs endroits les virages de la route, en passant devant la cascade du Rouget : deux énormes chutes jaillissent des rochers. La montée continue par chemin, forêt de pins, et clairières. Ce décor est beau ; il plane une légère brume et de fines gouttelettes glissent des branches. Tout est silencieux. Je monte lentement : pour le moment je ne sens pas mon ampoule. Le sentier serpente au milieu des hautes herbes trempées, des fleurs, des petits ruisseaux dégringolant la pente, et puis les cascades de la Pleureuse et de la Sauffla surgissent entre les sapins.
La montée est très raide, sur un sentier boueux jusqu'au collet d'Anterne. A partir de là, le parcours est vallonné : petites montées et descentes dans les pâturages habituellement fréquentés par les moutons. Ce site est très beau : ruisseaux, vasques d'eau, fleurs innombrables sous les parois verticales de la Pointe de Sales : site d'escalade fréquenté.
Il faut se remettre en route, traverser le torrent sur une planche, et remonter les buttes schisteuses 200 mètres plus haut. Le lac d'Anterne est visible en contre-bas. Plusieurs torrents bouillonnants à traverser à gué en faisant attention de ne pas chuter : je me retrouverai dans l'eau jusqu'aux mollets, l'ampoule et le pansement n'apprécieraient pas!
A partir de là, tout est enneigé. il faut contourner le lac, et marcher dans les traces heureusement bien visibles, car le brouillard est omniprésent, et la montée n'est pas évidente. J'arrive au Col d'Anterne : le paysage est complètement bouché, la chaîne du Mont Blanc est dans les nuages, à droite le rocher des Fiz pourtant proche est invisible. Au bas du col, je ne vois même pas le refuge de Moëde, à moins d'une demi heure de descente! Il est plus de 14 heures... je ne peux pas aller jusqu'aux Houches maintenant en passant par le Brévent ; je risque d'arriver la nuit!... Mon ampoule (encore elle) et mes talons ne me le pardonneraient jamais! Je ne vais quand même pas m'arrêter ici, d'autant que je ne me sens pas trop mal physiquement! Après avoir mangé une omelette, je décide de repartir en suivant direction ouest le sentier au dessus du premier petit lac ; il longe la croupe et tourne à droite dans une descente d'éboulis, et de rochers assez rapide pour suivre une gorge. Ce sentier en balcon est abrupt et comporte des passages délicats, surtout par temps de pluie. Cependant la flore est abondante, et odorante : il se dégage de multiples parfums. Les cascades sont nombreuses. Au
chalet "Les Ayères du Milieu", je retrouve un chemin à
travers bois descendant au hameau du Mont, et par la route j'arrive à
Servoz : il est déjà 17 heures 30. Il ne me reste plus qu'à attendre
le bus pour Les Houches à 7 km. Pour aujourd'hui, je n'ai plus envie de faire un pas de plus!
Cet itinéraire a l'avantage d'être moins long que la montée au Brévent et l'interminable descente aux Houches, quand on est limité par le temps (horaire et météo).
Je fais étape à l'hôtel "Les Souches Fleuries" petit hôtel abordable, et je vais dîner dans un restaurant du village.
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Mercredi 7 juillet 2004
des Houches au Refuge de la Croix du Bonhomme
Je suis réveillé à 5 heures! Mes abricots secs, et biscuits Gerblé sont nettement mieux et moins chers qu'un petit dèj à l'eau chaude!
J'ai pris soin de mon ampoule, en l'entourant de mon affection, et en la couvrant de mille précautions! Bétadine, double peau, Hansaplast, Elastoplast... Il est 6 heures du matin lorsque je sors : il faut traverser Les Houches : j'ai toujours trouvé ce village "sans intérêt" ! Il n'a pas d'âme, tout en longueur une seule route le traverse, et l'autoroute en contre bas n'arrange rien : il passe mille camions par jour, et plus on monte, plus le brouhaha devient insupportable! Cette montée à l'air anodine, est pénible : le sentier boueux, glissant, marécageux. On s'enlise. J'arrive
au Col de Voza, avec une petite pluie fine. Un grand chemin maintenant
bitumé descend au hameau de Bionnassay. Le glacier et l'aiguille de
Bionnassay sont entourés de nuages.
Je dois traverser la route de St Gervais, pour retrouver le sentier de l'autre côté qui longe à nouveau les champs, et passe par plusieurs hameaux avant d'arriver aux Contamines Montjoie. Gros village très touristique, aux activités variées. Je fais une pause casse croûte : il est presque 11 heures, et la pluie semble cesser. J'en profite aussi pour faire quelques provisions : biscuits, pommes, etc... Il n'y a plus de commerces jusqu'en Tarentaise.
Le petite route passe passe par le centre sportif : tennis, tir à l'arc, golf, plan d'eau, etc... mais il n'y a pas grand monde, vu le temps! Au fond de la vallée, Notre Dame de la Gorge, ancien ermitage de St Antoine. La chapelle date de 1702. C’est par une ancienne voie romaine assez raide, que l’on atteint le chalet de Nant
Borrant, et ensuite un large chemin mène au refuge de Balme, où la foule des
promeneurs fait une pause. Le GR® 5 qui est d'ailleurs commun avec le Tour du Mont Blanc depuis le Brévent, continue de monter, franchit des torrents sur des mamelons herbeux. Je rencontre un jeune gars, chaussures de jogging aux pieds! Il fait le Tour du Mont Blanc, parti hier des Houches... Il prend conscience des problèmes en arrivant au premier névé juste après le tumulus du plan des dames. La neige est là, les torrents bouillonnants coulent partout, et les dernières longueurs pour arriver au col du Bonhomme sont boueuses, et glissantes. De jeunes jambes ont l'air épuisées...
En attendant, mon ampoule au talon ne se manifeste pas! alors n'y pensons plus!!! Le ciel aussi a changé ; les nuages se volatilisent, et le soleil est chaud! En arrivant au col le vent souffle. Le sentier continue sur la gauche, en passant par des roches, et des pierriers. Par endroits il y a de gros névés, et encore des torrents, mais pas de difficultés particulières... Je rencontre des randonneurs par dizaines! Il vont tous au refuge, et moi aussi... il est trop tard pour continuer jusqu'au Plan de la Laie, comme je le voulais : à 17 heures passées je préfère m'arrêter là.
Le pain est confectionné sur place, par les gardiens : ici on est loin de tout! Le repas le soir : Potage, boeuf en daube, polenta, fromage de Beaufort, gâteau au chocolat, sur de grandes tables, toutes nationalités confondues : c'est très bien ainsi, et cela contribue aux échanges. Les discussions ont même tendance à durer au delà de l'extinction des feux! et c'est à la lampe frontale ou de poche que nous regagnons les dortoirs.
Nous nous couchons, le vent s'est levé!
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Jeudi 8 juillet 2004
du Refuge de la Croix du Bonhomme à Peisey Nancroix
Le petit déjeuner est prêt et pris... A l'extérieur, le vent froid souffle : le thermomètre du refuge indique 6°. C'est peu! A
7 heures du matin, il va falloir se réchauffer. Le sentier descend
légèrement au col de la Croix du Bonhomme, et aborde la montée de la
crête des Gittes qu'il faut suivre en plein vent sur des schistes
glissants, et le vide souvent de chaque côté. Malgré les nuages, la vue
est magnifique sur le Beaufortain, et l'aiguille du Grand Fond, mais
côté Mont Blanc tout est bouché! Un petit névé dans la dernière pente de la crête, et arrivé au col de la Sauce, le refuge quitté depuis moins d'une heure, a disparu dans le brouillard. La descente est agréable par le bon sentier dans les alpages, jusqu'au Plan de la Laie où passe la route des Chapieux au lac de Roselend. Je m'arrête au refuge me réchauffer et prendre un thé.
Le
chemin passe par l'alpage de Plan Mya, et remonte parmi les rhododendrons,
et les brassées de fleurs de toutes sortes. Le chalet de Petite Berge qui n'était qu'une ruine a été restauré. En continuant, je rejoins La Grande Berge, et déjà le ciel s'obscurcit. Dans les pâturages, les alpagistes traient des dizaines de vaches. Un peu plus bas, les chalets de Treicol, et en face la Pierre Menta se dresse verticalement. Le sentier continue à flanc de pente, remonte dans les aulnes, et plantes diverses largement arrosés par les torrents, et cascades débordantes de toutes parts.
Ce qu'il ne fallait pas faire, se produit! mon pied droit glisse sur une pierre, et je me retrouve dans l'eau jusqu'au mollet! Bravo!! La chaussure est trempée ; je sais ce qui va se passer, mais je continue... La pluie, elle, ne va pas m'attendre! il tombe des grosses gouttes, mais cela ne dure pas! Au bout de dix minutes, l'ampoule frotte et je suis incapable d'avancer! Je m'arrête, il faut changer de chaussettes et de pansement : mais est-ce nécessaire? Avec la chaussure mouillée, il ne tiendra pas longtemps. Essayons! Je repars. C'est la grande montée d'abord dans l'herbe mouillée, les pierriers, et les névés. Je sens que çà tire au talon : évidemment çà monte!
Je ne m'attarde pas : la pluie arrive à nouveau, il faut mettre la cape, là çà ne rigole plus! de grosses gouttes tombent drues! Je me dis que maintenant c'est de la descente : donc mon talon ne devrait pas me faire trop de misère... En effet, çà descend, et le pied droit est toujours mouillé. Encore des torrents à traverser ; j'essaie d'éviter de tomber encore à l'eau !... La pluie s'arrête en passant près du refuge de la Balme. La descente, toujours la descente... et le chemin plein de cailloux : les pieds se tordent dans tous les sens, et ce n'est pas de rire!
"Je me demande souvent pourquoi il y a des cailloux sur les chemins et pas autour?..."
Le talon droit, encore lui, je sens que çà frotte. Je m'arrête, il faut encore changer le pansement : allons y double peau, Elastoplast... Le pied sec, celui de ce matin aurait tenu toute la journée! Heureusement il ne pleut plus, et le soleil fait des apparitions chaleureuses entre les nuages. Le
tracé du GR® n'est pas évident, et par endroit il faut chercher un chemin
souvent caché par les herbages et les plantes diverses. On voit au loin le Mont Pourri, Bellecôte, la Pointe de l'Aliet, la vallée de Peisey Nancroix où je vais... Mais Dieu, que c'est encore loin! Il y a de nombreux chalets d'alpages : les Chavonnes, Les Fours, La Lance. Plus bas, je traverse le village de Valezan : toutes les maisons suivent la même ligne de pente, et elle est pentue... il faut plus d'une demi heure pour descendre tout ce village! Je pense aux habitants qui font des allées venues toute la journée... Soudain en quelques minutes le soleil a disparu, le ciel est noir derrière moi. Des coups de tonnerre se font entendre la haut vers le col de Bresson. Le chemin coupe plusieurs lacets de la route, et arrive à Bellentre : important village. La route de Bourg St Maurice passe à proximité Après avoir traversé sous des tunnels et sur un pont, cette route, la voie de chemin de fer, et l'Isère, je suis enfin dans la vallée, qui n'a rien d'exceptionnelle, mais çà représente 1700 mètres de descente depuis le col de Bresson! Une petite route tranquille passe au milieu des prés, et des vergers par le hameau des Granges et rejoint le village de Landry, il est 17 heures. J'arrive pile au moment où une lueur surgit et un coup de tonnerre éclate. II se met à tomber des cordes ; j'ai juste le temps de m'abriter dans une épicerie. Un client monte à Peisey et propose de m'accompagner. Vu le temps pourri, et l'heure, je n'hésite pas une seconde... en moins d'un quart d'heure je suis devant l'hôtel "Le Relais des 3 Stations". J'ai toujours fait étape ici, et je ne m'en plains pas. Les propriétaires ont changé, mais l'accueil, le confort et les repas sont très bien. Il y a un anglais, barbu, chevelu qui fait le GR® 5 dans sa totalité ! il est parti de Hollande le 1er mai...
Peisey Nancroix est un village encore authentique. Mon premier séjour ici date du début des années 60! J'étais scout et on campait dans le jardin devant l'église. C'est toujours avec beaucoup d'émotion que je reviens en ces lieux! La Vanoise n'était pas un parc national, le village de Tignes était à la place du lac, Val d'Isère ne comportait que quelques chalets autour de l'église, et Champagny était un village d'alpage. |
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Vendredi 9 juillet 2004
de Peisey Nancroix à Tignes
Cette étape est relativement courte : je l'ai voulu ainsi pour faire une transition avec les précédentes, et soigner mon ampoule qui ne s'est pas arrangée hier.
Il a plu toute la nuit...La météo annonce des chutes de neige au dessus de 2200 mètres. Le brouillard remonte du bas de la vallée. Je quitte Peisey relativement tard puisque j'ai le temps! Je rejoins Nancroix par des raccourcis qui évitent les lacets de la petite route, et qu'il faut suivre ensuite jusqu'au refuge de Rosuel : la première porte d'entrée du Parc National de la Vanoise.
Chose
rarissime, il n'y a personne sur le sentier habituellement très
fréquenté. le mauvais temps y est pour quelque chose. Cependant, la
montée n'est pas désagréable. Je passe par les gorges du Ponturin : torrent impétueux, et ensuite le plan de la Plagne, comme son nom l'indique est un plateau où paissent tranquillement quelques vaches. A droite, le ruisseau serpente au milieu des prés. Le sentier remonte légèrement et passe devant le chalet de la Plagne. Encore un petit raidillon, et dans le bas du vallon apparaît le lac triangulaire de la Plagne. Je retrouve l'anglais occupé à casser la croûte! Parti de l'hôtel à Peisey après moi, il a fait du stop sur la route jusqu' à Rosuel, et je ne l'ai pas vu passer!...
Dans la montée au plan de la Grasse, une fine couche de poudreuse tapisse le sol. La météo est exacte "c'est rare"... Plus je monte, plus la couche est épaisse : par endroits il y a une dizaine de centimètres. Impensable pour un mois de juillet? Mais çà existe! Avec la couche de nuages, le paysage est en noir et blanc.
Après le lac de Gratalleu, quelques rayons de soleil arrivent à percer, et sur une butte au dessus, se trouve le refuge du Palet. Je me laisse tenter par la bonne odeur de soupe de légumes : çà réchauffe et çà fait du bien. Il y a un grand névé le long du col du Palet. Le soleil fait des percées de plus en plus larges, et je pousse ma balade sur la crête, avant d'aborder la descente par les pistes de ski, où l'on vient d'installer des canons à neige ! Est-ce nécessaire ici? Les remontées mécaniques défigurent bien assez le paysage...
Tignes est une super station l'hiver : l'espace Killy est un magnifique domaine skiable, mais alors j'ai toujours trouvé çà moche l'été... Comme toutes les stations de ski quand il n'y a pas de neige! Chose étonnante : un important troupeau de moutons remonte vers le col du palet, alors qu'au bas se dressent les immeubles, le béton de la station, et les courts de tennis! Curieux contraste!
Ici aussi, pour la énième fois je m'arrête à l'hôtel de la Vanoise. On s'intéresse à ce que je fais : d'où je viens, où je vais, etc... Des clients qui font le GR® 5 en 15 ou 20 étapes, il n'en passe pas tous les jours, et dans les hôtels encore moins.
Je cours à la pharmacie faire ma provision de pansements, Elastoplast, etc... et suis satisfait : mon ampoule ne m'a pas inquiété aujourd'hui...
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Samedi 10 juillet 2004
de Tignes à Pralognan
Après le petit dèj buffet, je quitte Tignes, ses pylônes, ses pistes, sous un ciel mitigé : soleil, nuages, mais frais! Le sentier passe à proximité du col de Fresse, et déjà les premiers névés apparaissent! Le vent aussi. La remontée jusqu'au col de la Leisse est assez agréable. Il y a de la neige tout le long, et il faut bien suivre les cairns quand ils sont visibles, car des traces vont un peu dans n'importe quelles directions.
Quelques skieurs dévalent les pentes de la Grande Motte à ma droite. Le col de la Leisse est l'un des plus hauts de la GTA ( 2758 mètres), et je ne m'y attarde pas : le vent glacial souffle, et tout le vallon de la Leisse est un vrai couloir à courant d'air! Descente
en direction du lac des Nettes dans les pierriers et les éboulis. On
traverse les abondants ruisseaux et les torrents, pour retrouver la
neige au Plan des Nettes. Il faut le contourner à droite par les névés.
Un mini iceberg flotte sur l'eau! Après le barrage, je retrouve un peu de verdure, et des marmottes. Juste au dessous, le refuge de la Leisse où il fait bon faire une pause "soupe de légumes".
J'atteins la prairie dans ce très beau vallon, habituellement envahi de moutons... La façade de la Grande Casse et son immense pierriers recouvert de neige chute dans le torrent.
Le froid est toujours vif. Une fois parvenu au Pont de Croë-Vie qui traverse le torrent, c'est la remontée assez raide, parmi les rhododendrons brûlés, plus par le froid que par le soleil! Il y a toujours un névé gênant juste sous la stèle à la mémoire de deux chasseurs alpins. Bien vite on arrive au blockhaus, où plusieurs chamois gambadent sans crainte. Le sentier remonte dans une pente d'herbe, et traverse plusieurs torrents. Ensuite c'est encore un pierrier ; des ruisseaux provenant de la fonte des neiges, coulent dans tous les sens. Le
lac rond est une véritable cuvette, et après une légère remontée
c'est le passage du col de la Vanoise.
Je
passe devant le refuge Félix Faure : il y a beaucoup de monde tout
autour, ainsi que dans la descente sur Pralognan. C'est la promenade
favorite des estivants, et en principe ils ne vont pas plus loin. Plusieurs hôtels, et gîtes d'étapes, campings, etc... Je
vais au chalet Isertan qui est un immense gîte et camping. Il y a du
monde, et pour cause : on est dans un village, le parking est devant
l'entrée. Les chambres sont louées à la journée ou à la semaine,
une trentaine d'euros en demi pension, par personne et par jour. On
comprend que le taux de fréquentation soit élevé. On m'a installé dans une chambre avec un gars venu en voiture de Toulon, qui accompagnait sa femme en vacances! J'ai rien compris à son histoire! je me demande encore pourquoi il n'est pas resté à l'hôtel avec sa femme au lieu de venir ici! Enfin! mon talon droit va mieux : la double peau et l'elastoplat en long et en large ont bien tenu, et je n'ai ressenti aucune douleur dans la journée. Au menu ce soir : tartiflette, charcuterie, salade, et glace... le tout dans un tintamarre indescriptible : on se croirait dans une cantine de colonie de vacances. On voit qu'ils n'ont pas marché toute la journée!
Je me couche à 22 heures. PRALOGNAN LA VANOISE
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Dimanche 11 juillet 2004
de Pralognan à Modane
Il a plu cette nuit, et le ciel est très chargé ce matin. Décidément, on n'en sortira pas de ce temps pourri!... Je quitte Pralognan en suivant la route, jusqu'au virage, et un chemin à gauche passe à travers des champs qui ne sont plus entretenus depuis longtemps! La culture, ou plutôt l'agriculture, ne sert plus à rien, et il y a des quotas européens à respecter. Il est certain qu'un jour proche, tout ces terrains deviendront la proie de promoteurs pour y construire de supers résidences, pour en faire de supers stations... Parc National, ou pas, le grignotage des terres par le béton, est évident depuis une vingtaine d'année, n'importe où que l'on aille. Quand j'entends les "certains politiques" nationaux ou locaux parler de protection de la nature, je ne sais pas si je dois éclater de rire, ou éclater en sanglots.... Le chemin rejoint la route jusqu'au pont de Gerland, et remonte ensuite en direction des Prioux : petit hameau, et parking. Il faut reprendre la route sur quelques centaines de mètres, et une fois arrivé au Pont de la Pêche et son parking, traverser le torrent et monter à travers les alpages, et les troupeaux de vaches en passant devant le nouveau gîte chambres d'hôtes, avec sauna, etc...
Un peu plus loin, je fais une halte à la ferme de Ritort pour y acheter un beau morceau de Beaufort qui me servira de casse croûte. La montée devient plus raide, le sentier est transformé en torrent par endroits, et pour tout arranger, les premières gouttes de pluie commencent à tomber! Un peu plus haut, je rencontre un groupe de randonneurs qui montent aussi ; ils sont emmitouflés dans des polaires, et des vestes aux couleurs fluos, et sont étonnés de me voir en short et t'shirt! Je marche d'un bon pas, je ne ressens pas le froid. Cependant, la pluie se transforme en neige : il tombe des flocons. Je
sais que le refuge Péclet Polset est juste derrière ce grand rocher
d'où émerge une antenne, visible de loin. Par moments, un rayon de
soleil, perce les nuages, et les flocons cessent de tomber de courts
instants. Je demande une soupe de légumes, et quelques minutes après, une charmante jeune fille m'apporte une soupière! " Prenez ce que vous voulez" me dit-elle! Je ne me fais pas prier. A 11 h 30 du matin, je rempli mon énorme bol de bouillon avec les légumes coupés en petits dés. Un vrai régal ! Enfin un refuge digne de ce nom, où l'on ne prend pas les randonneurs pour des touristes qui ont juste besoin d'une pizza surgelée et d'une crème caramel! Je
repars de là repu et réchauffé pour affronter la montée au col de
Chavière. La neige est de plus en plus présente, et les pierriers en sont recouverts jusque dans la dernière pente. Voici (paraît-il) le plus haut col franchi par un GR® à 2801 mètres... mais c'est faux! Le col de Chamoussières sur le tour du Queyras : GR 58 est à 2884 mètres, et il y en a sûrement d'autres. Je ne m'attarde pas, bien que la neige ne tombe plus, le vent est
glacial.
Descente sur un long névé, et le sentier boueux, puis à nouveau des névés jusqu'à hauteur des lacs de la Partie. Ensuite, c'est l'herbe, les prairies. Le sentier continue à droite par une pente assez raide. Je passe près d'une petite source, appelée : "source du vin". Mais c'est bien de l'eau qui coule...
Le petit sentier continue dans les bois. La descente est très raide, et toujours remplie de cailloux. Les genoux en savent quelque chose. J'ai une douleur au tendon rotulien ; quant aux chevilles malgré les bonnes chaussures montantes, elles se tordent dans tous les sens.
Enfin,
le chemin s'élargit et passe devant les premières maisons de Modane,
avant d'arriver dans l'une des rues menant au pont sur l'Arc et à
droite continuer vers la gare.
Je fais étape à l'hôtel Perce Neige que je connais. Le gîte d'étape est à l'autre bout de la ville, trop éloigné pour repartir demain, et jusqu'à présent ils me déçoivent : à part Plaine Dranse, alors je préfère m'en tenir là.
Mon
ampoule au talon droit se cicatrise doucement, maintenant la douleur est
plutôt aux genoux!
Au menu ce soir : Terrine du Chef, Saumon avec Crozets savoyards, haricots verts, salade, fromage, glace...
J'essaie
d'appeler à Névache, où je compte aller demain. Les gîtes d'étapes
: le Creux des Souches, la
Découverte, l'auberge chez Guillaume...
tout est complet. Mon
plan est un peu chamboulé, mais tant pis! je m'arrêterai avant : au
refuge italien de la Vallée Etroite que je connais de longue date.
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LUNDI 12 Juillet 2004
de Modane à la Vallée Etroite.
Le temps est encore couvert, et il fait un froid de canard, ou un temps à ne pas mettre un chien dehors ! comme dit la patronne de l’hôtel… " Vous vous rendez compte qu'on est bientôt le 14 juillet? " Bien sûr je m'en rends compte : mais que peut on y faire? Cela prouve qu'une canicule ne peut pas se reproduire tous les ans! Cette étape ne sera pas très longue : je quitte Modane à 8 heures, en suivant la grande rue principale le long de la gare SNCF, jusqu’à Fourneaux, commune mitoyenne de Modane, ancienne ville industrielle. Le GR® 5 passe par un souterrain sous la voie de chemin de fer, et devant l'église, pour grimper dans une pente d'herbe avec la route du tunnel du Fréjus sur des pilotis au dessus. Il faut bifurquer à droite et remonter le chemin dans la forêt de sapins très abrupt par endroit. Les marquages ne sont pas toujours évidents : des sentiers partent dans des directions différentes sans de réelles indications, et quand il y a un panneau, il est tellement haut, qu'on ne le voit pas. Il est difficile de regarder en l'air en montant une côte raide! Fallait y penser…
Je passe près du chalet des Herbiers, à la sortie de la forêt, et dans une prairie, pour m'apercevoir que l'air est vif. Dans la montée j'avais chaud. Un peu plus loin, des bruits d'engins mécaniques se font entendre, et arrivé au Lavoir, des ouvriers travaillent sur la route et l'ancien bâtiment militaire en ruine, qui paraît-il va être transformé en complexe hôtelier de luxe ! Le Lavoir est un grand bassin avec un petit barrage. Il est vidé de son contenu, et une pelleteuse creuse pour le nettoyer, dans une odeur de batraciens desséchés !…
Une petite pluie fine se met à tomber : çà menaçait depuis longtemps ! Le brouillard, les nuages envahissent le paysage : on ne voit plus le Mont Thabor, ni les parois du Cheval Blanc. Le sentier continue dans l'herbe ; à droite le refuge du Thabor est à peine visible. Même ici, habituellement ensoleillé et chaud, il y a des névés! Et le comble, en arrivant au col il neige !
Le col de la Vallée Etroite : ancienne frontière avec l'Italie avant la guerre. Descente par les pâturages : la neige, la pluie s'arrêtent. un rayon de soleil apparaît. Plusieurs randonneurs remontent en sens inverse.
Je prends mille précautions pour traverser ce bouillonnant cours d'eau ! et tout se passe bien : ouf! de soulagement… D'un seul coup, il se remet à tomber de gros flocons pendant dix minutes. La prairie verte n'a pas le temps de changer de couleur, un rayon de soleil revient. La descente continue parmi les fleurs, et les premiers mélèzes aux aiguilles ornées de gouttelettes ressemblent à des sapins de Noël.
Un père et ses deux enfants tentent de faire monter leur âne, "chargé comme une mule ", en tirant la corde et en lui criant dessus des mots qu'il n'a pas l'air de comprendre ; Le pauvre…
Arrivé au bas, le pont de la Fonderie sur le torrent, et le chemin presque plat dans la forêt de mélèzes, jusqu'au hameau de la vallée Etroite.
Il y a deux gîtes d'étape : " I re Maggi " (les Rois Mages) Comme les 3 rochers d'escalade surplombant la vallée, et le refuge du CAI Valle Stretta. Les deux sont très bien. Il est 14 heures, et comme tout est complet à Névache, je décide de rester au refuge du Club Alpin Italien. C'est sans doute la plus courte étape : le mauvais temps ne m'incite pas à partir à l'aventure plus loin sans être certain de trouver un hébergement ce soir. De la cuisine se dégage une senteur très agréable, et sans tarder je suis à une table avec un excellent plat chaud de polenta et de saucisses. Dans l'après midi, le vent froid réapparaît, et chasse les nuages. Je me promène un peu le long de ce torrent, et je me repose aussi les doigts de pieds à l'air.
Il y a beaucoup de monde dans cette vallée : randonneurs, touristes venus d'Italie : Bardonnecchia est proche. Dans la soirée, le refuge est plein! Au menu : Spaghettis bolognaise, rôti de veau carottes, tarte myrtilles.
Il ne pleut plus ; tout est bien.
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Mardi 13 juillet 2004
de la Vallée Etroite à Briançon
Je suis debout de bonne heure, et d'autres randonneurs qui vont faire le Thabor, se lèvent aussi. Partir d'ici pour faire cette ascension, est une étape très longue. Nous prenons notre petit déjeuner, et chacun part dans sa direction à 6 heures et demie du matin. Le ciel est dégagé, mais le vent est froid. La montée au col des Thures dans la forêt de mélèzes, réchauffe un peu.
J'arrive au hameau du Cros, et je continue à droite jusqu'au village de Névache, où j'aurais dû venir hier si tous les gîtes n'étaient pas complets. Je voulais faire cette étape comme il y a 20 ans : en passant par le col de Granon, et la crête de la Grande Peyrolle pour redescendre sur Briançon. Maintenant il est trop tard pour tenter une si longue étape : il aurait fallu partir d'ici à 6 heures.
D'autre part, j'ai rendez-vous à Briançon en fin d'après midi avec Gilles, un copain de rando. Nous devons faire l'étape de demain ensemble.
Il souffle un vent glacial. A 9 heures, avant de quitter Névache, je fais une pause à l'hôtel bar, "les Charmottes" pour me réchauffer : on me sert un petit déjeuner Pantagruélique. J'en avais besoin, celui du refuge à 6 heures du matin, est déjà dans les talons ! Je repars à 10 heures en suivant le chemin près d'un camping, et dans un petit bois, pour arriver à Plampinet. J'ai voulu faire une pause café au gîte La Cléïda… j'ai eu droit à un infecte breuvage réchauffé pour 1,50 euro, pendant que la fille de ménage se tortillait les fesses dans la salle sur un air de hard rock à tue tête!…
Après le pont sur la Clarée, démarre un sentier balisé en jaune, et nommé "le Rocher de l'Olive", il rejoint des pistes de ski de fond l'hiver, et de vtt l'été par cette très belle forêt de pins. J'ai déjà suivi cet itinéraire plusieurs fois pour me rendre à Briançon. On retraverse la Clarée, et après les divers passage en sous bois, on rejoint un chemin par les champs et les terres cultivées jusqu'au village de Val des Près. De là, je prends le pont sur la Clarée, et le sentier "d'observation du paysage " rive gauche, marqué de points rouges, et de numéros. Ce parcours est très agréable le long du torrent. Au village le Rosier, sans passer le pont, je continue tout droit et à gauche de la D 201 par les champs de blés, et les cultures, jusqu'au centre de vacances, et au village " Les Alberts ". ensuite un chemin à droite rejoint le " Pont des Amoureux ", au confluent de la Clarée et de la Durance, qui n'est ici qu'un modeste ruisseau. Le
Fort des Trois Têtes sur son éperon est déjà visible de loin. Il faut rejoindre la route, sur le bas côté, direction Briançon, jusqu'au panneau : " Briançon par le Fontenil ". A partir de là, il est très dangereux de continuer sur la Nationale 94 : le bas côté est inexistant. Mieux vaut descendre par le chemin en direction du Fontenil, et remonter sur la ville haute de Briançon.
Gilles est arrivé : il vient de Grenoble par l'Oisans, et va à Nice par le GR® 5. Nous sommes à l'hôtel les Remparts ; deux chambres mitoyennes. Le soir, dîner restaurant les Templiers : salade mixte, tagliatelles roquefort, glace. Nous ne tardons pas à aller dormir : la journée sera longue demain!
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Mercredi 14 Juillet 2004
de Briançon à Ceillac
Le réveil est tôt : 4 heures et demie ! Ca me rappelle le 1er jour à St Gingolph… Les poches pleines d'abricots secs et de biscuits, nous partons Gilles et moi, à 5 heures éclairés par les réverbères de la cité fortifiée, et au dessus de nous la cathédrale illuminée.
Nous traversons Briançon par diverses petites rues, et une route qui conduit à Villars St Pancrace. Le chemin a été transformé en route goudronnée déjà depuis un certain temps. Le jour s'est levé, le ciel est bleu, l'air est frisquet… Le torrent des Ayes coule le long de la route et refroidi l'atmosphère de plus en plus! Nous avons les mains gelées en arrivant aux chalets des Ayes, où nous faisons une pause "biscuits". Gilles enfile sa polaire! Nous continuons par le bois de mélèzes, et les prairies parsemées de fleurs. Le soleil ne pénètre pas encore, et l'air est toujours aussi vif. Au chalet de Derrière le col, un troupeau de moutons se presse vers le versant ensoleillé. Nous arrivons au col des Ayes, où subsiste un petit névé, et faisons une pause un peu plus bas au soleil et à l'abri du vent. Gilles a sorti son réchaud ; une timbale de thé nous fait le plus grand bien! Nous reprenons notre chemin ; les chalets de l'Echayllion dans les prairies verdoyantes à droite. La descente est caillouteuse, avec les roches de la Casse déserte de l'autre côté. Nous parvenons après plusieurs lacets dans le bois de pins, et de mélèzes où se trouve un camping, et passons à Brunissard, premier village au nord du Queyras, sur la route du célèbre col de l'Izoard. De nombreux cyclistes vont et viennent , certains de Briançon, d'autres de Guillestre.
Nous continuons cette route jusqu'à La Chalp, village d'artisans du bois, et ateliers d'objets en pins cembro, l'arbre du Queyras pour les meubles sculptés.
Un chemin à gauche nous mène dans la très belle forêt de mélèzes. Avant d'aborder la montée, nous décidons de faire une pause casse croûte et thé. Cet arrêt permet aussi à Gilles de constater des débuts d'ampoules aux pieds ! Il faut mettre le pansement adéquat de suite afin d'éviter une aggravation, et ne pas faire la même bêtise que moi : après une dizaine de jours, mon ampoule commence juste à cicatriser !
Le sentier continue dans cette forêt, jusqu'au hameau des Maisons : ancien village abandonné, mais qui reprend une activité d'estive petit à petit. Nous remontons par les prairies très ensoleillées ; nous sommes sur les versants sud, il fait plus chaud. Nous retrouvons la forêt de très grands pins, le lac de Roue rempli de plantes aquatiques, et de pousses diverses. Nous
descendons très rapidement par tous les lacets, jusqu'au bord de la
route, et arrivons à Château Queyras : fortifications de Vauban.
Il faut traverser le Guil dans le bas du village, et là commence une longue montée parfois raide, dans le bois Bouchet. Nous traversons plusieurs clairières, et des pâturages, et à nouveau les bois, un torrent. Cela paraît interminable à Gilles qui n'a pas l'air d'apprécier cette importante étape! A plusieurs reprises, il parle d'arrêter, de planter sa tente là ou là, et de ne plus bouger! Il est fatigué! On le serait à moins… Je ne veux pas le laisser seul à bivouaquer n'importe où ! Le col de Fromage n'est plus très loin. Nous continuons ; petite remontée près d'une source, on rempli nos gourdes, et juste au dessus : le petit col sans indication, mais il s'agit du col des Près de Fromage. Nous
passons dans des terres marneuses avec de grands sapins. Ensuite le
sentier balcon. La vue s'étend jusqu'à la vallée de
Brunissard, on distingue le hameaux des Maisons en face! Le col de Fromage est devant nous. Nous y arrivons. Gilles a l'air de se sentir mieux!
Maintenant c'est la descente parmi les mélèzes et les pâturages, jusqu'au chemin qui mène de l'autre côté au col du Cristillan. Ceillac apparaît. Nous y arrivons à 18 h 15…
Nous allons au gîte d'étape "Les baladins". Il y a beaucoup de monde, mais ce n'est pas complet. Heureusement, car Gilles ne pensant pas venir jusqu'ici, n'avait pas réservé! Nous avons le temps de prendre une douche bienfaisante, et même de boire une bière sur les transats devant le gîte!
Voilà, une énorme étape de plus… et Gilles l'a fait ! "Pour la première et dernière fois" me dit il. Ce soir un menu qui nous ravigote : Soupe au Pistou, bœuf bourguignon spaghettis, salade, fromage, choux à la crème, et un demi rouge….
Nous sommes tous les deux seuls dans un dortoir.
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Il est 4 heures et demie, je me lève seul : Gilles dort, et n'a pas l'intention de recommencer une étape comme hier ; il s'arrêtera avant!
Mon sac est presque prêt, reste à mettre mon pansement au talon par précaution… Je mange ma brioche au fromage blanc et aux myrtilles achetée à la boulangerie hier soir en arrivant.
Il est 5 heures 20 lorsque je quitte le gîte et Ceillac, par la route du mélezet. Au
bout du dernier camping, le GR® traverse le torrent, et remonte par la
forêt de mélèzes et de pins cembros au milieu des rhododendrons.
Après avoir franchi la cascade de la Pisse (eh oui c'est son nom!), le massif de Font Sancte apparaît entre les sapins, et le
sentier débouche sur une prairie avec le très beau lac Miroir, dont
le niveau est réellement bas. Les sapins se mirent sur l'eau sans
ride. Le ciel est entièrement dégagé, et l'air moins froid qu'hier. La montée se poursuit par la forêt, et les pistes de ski. La chapelle Ste Anne entièrement rénovée au bord du lac Ste Anne à l'eau bleue profonde.
Je redescends par le sentier schisteux. Au bas de la pente, se trouve une source avec des bacs en cascades. Sur un plateau de pelouse rase et humide, un berger, conduit ses moutons avec son chien.
Arrivé sur la route de la haute vallée de l'Ubaye, et le hameau de la Barge, je rempli ma gourde à la fontaine. Maintenant il faut suivre cette route en pente douce, en plein soleil, mais heureusement peu fréquentée, surtout à cette heure. Je passe au hameau et Chapelle de St Antoine. Un pont enjambe l'Ubaye. Des éboulis de pierres se détachent par endroit des parois, et chutent sur le bitume. J'arrive au croisement avec la route de St Paul sur Ubaye, pour remonter à gauche au Pont du Chatelet dominant le torrent Ubaye à plus de 80 mètres de haut! On passe sous un petit tunnel et il faut remonter par plusieurs lacets : il y a bien un sentier à gauche, mais il est plus fatigant que la route dont la montée est régulière. A l'entrée du village de Fouillouse les voitures sont garées sur une centaine de mètres!
Il est midi et demi : la faim se fait sentir. Je m'arrête au gîte d'étape de la famille Bourillon que je connais de longue date ; j'arrive en transpiration, dégoulinant, avec mon sac à dos, et le jeune serveur ne trouve rien de mieux que me proposer le plus sérieusement du monde, un apéritif ! Je lui réponds que je suis parti à 5 heures du mat' de Ceillac et je n'ai pas fini ma journée. Apparemment, çà ne le trouble pas plus que çà! D'ailleurs sait il seulement où est Ceillac? Je demande une omelette nature, et il insiste lourdement pour me faire prendre du vin ! Il paraît étonné que je me contente d'une carafe d'eau ! Il y a des fois, on a l'impression d'halluciner !… il n'a pas remarqué que je n'étais pas un touriste en voiture !
Heureusement, l'omelette est excellente, mais le serveur n'y est pour rien ! Il fait très chaud, et le ciel est sans nuages. Je repars, en montant le long du torrent, des prairies très fleuries, des bosquets de pins, de mélèzes : tout est très beau. Ce qui l'est moins, se sont ces anciens blockhaus mi enterrés : ils nous rappellent les batailles livrées dans toute la région proche de l'Italie pendant la deuxième guerre mondiale. Une petite bergerie, encore un torrent. Je sue à grosses gouttes ; je repense à l'autre qui voulait me faire boire ! La montée au col du Vallonnet est pénible. J'y arrive avec d'autres promeneurs suant aussi!
Descente de l'autre côté, dans les éboulis, les cailloux, les roches. Les parois, les pans de montagnes sont arides. Le petit lac du Vallonnet contient de l'eau de pluie, et de fonte des neiges cette année ; il est souvent à sec. Je retrouve quelques passages d'herbe rase, où des marmottes sifflent, et s'appellent pour signaler à leurs congénères la présence de l'intrus que je suis, sur leur territoire… Le
sentier continue dans les pierriers, pour reprendre à gauche un
chemin toujours caillouteux mais plus large. En face l'ancien
bâtiment militaire de Mallemort en ruine, occupée par une colonie de
marmottes, et sur le sommet se dresse le fort de Vyrasse. Ce décor est rude, austère. Le paysage est lunaire ! Nouvelle remontée par le chemin, et en deux lacets j'atteins le col de Mallemort. La vue s'étend jusqu'aux cimes de la Tinée. Le sentier contourne la combe schisteuse, et descend ensuite dans la pente d'herbe sèche. Dans le bas, je m'arrête près d'une petite source pour boire plusieurs gobelets d'eau.
Voilà une belle grande étape avec enfin une journée magnifique. Je vais à l'hôtel "le Relais d'Italie". Le patron est surpris de mes étapes. Il voit des randonneurs faire la même chose mais en deux ou trois jours. Au dîner : une copieuse salade mixte, lapin moutarde, riz, fromage. J'ai presque un régime de faveur : ils m'ont préparé un solide petit déjeuner sur un plateau pour demain!
Je m'endors facilement!…
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Vendredi 16 Juillet 2004
de Larche à St Etienne de Tinée
Nouvelle grande journée en prévision : je suis debout à 4 h 15… Mon plateau de petit déjeuner, est composé de tout ce qu'a besoin un bonhomme qui marche! Pain, beurre, pot de confiture, pot de miel, thermos de thé, corn flakes, jus de fruit . Il est 5 heures, je quitte Larche avec la lampe, il fait sombre et la petite route n'est pas éclairée.
Peu de temps après la lueur du jour apparaît. Il faut continuer sur cette route par endroit en mauvais état. Là aussi le torrent l'Ubayette en contre-bas rafraîchi l'atmosphère !
Le Pont Rouge à l'entrée du Parc National du Mercantour. Je vais traverser le vallon du Lausanier, que j'ai toujours trouvé magnifique. A mon avis, l'un des plus beaux endroits du GR® 5 comme le plateau d'Anterne en Haute Savoie. C'est une zone de pâturages, avec des moutons, des brebis sur les pentes. Un peu plus loin, le sentier s'élève et passe près des ruines de la cabane Donadieu. La
vue s'étend sur la chaîne frontalière : l'Italie est proche. Il
flotte une légère brume dans la vallée du côté du col de Larche. Un peu plus haut, j'arrive au lac du Lausanier. Quelques randonneurs ont bivouaqué autour. Sur une petite butte se trouve une chapelle d'où le panorama est encore plus vaste.
Le sentier contourne le lac à droite, traverse un torrent, passe dans les éboulis, et au Lac de Derrière la Croix. Ensuite la montée est longue dans le pierrier, ainsi que la traversée dans la pente de schistes en dévers. Il y a deux ou trois névés que l'on peut contourner, avant d'arriver au Pas de La Cavale : grande échancrure, sous le Rocher des Trois Evèques, et ses roches délitées qui se détachent au moindre souffle de vent! C'est la limite des départements des Alpes de haute Provence, et des Alpes Maritimes. Au loin, les sommets de la Tinée, avec le Mont Mounier où je passerai demain.
La descente est scabreuse : très pentue, glissante sur les cailloux qui roulent sous les pieds ! J'arrive
enfin sur les talus de prairies avec les petits lacs d'Agnel, et un
nouveau troupeau de moutons se déplace en bêlant. Le vallon et les granges de Salse Morena : nom évocateur? Je me demande toujours si l'influence mexicaine à Barcelonnette, toute proche, n'y est pas pour quelque chose!
En tous cas il fait très chaud! Le lit du torrent est à sec, et le sentier remonte au col des Fourches, et la route de la Bonnette : plus haute route d'Europe!…
Des raccourcis coupent les lacets de la route. Des centaines de criquets sautillent dans l'herbe sèche à chacun de mes pas. Je sue à grosses gouttes, le temps devient lourd et nuageux. La descente mène à Bousiéyas. Hameau triste et sans vie! Il est 11 heures et demie : le gîte d'étape est toujours fermé à cette heure ci! La carte des plats et menu est affichée, avec tables, bancs, parasols, mais les portes sont closes !
Je continue en traversant le torrent et remonte par le grand chemin fleuri, et le bois de mélèzes jusqu'au replat, et la combe à contourner à droite, pour arriver enfin au col de la Colombière.
La très très longue descente fait des tours et des détours : je n'en vois plus la fin! A mi pente, des centaines de fleurs égaient la montagne ; de nombreux œillets de poètes, une multitude de papillons, et des criquets sautillent dans tous les sens. Cependant,
les nuages deviennent inquiétants : je ne suis pas encore arrivé au
bout de mon étape !
St Dalmas le Selvage, aux maisons et toitures de pierres est un vieux village très agréable. Il est le plus haut village habité à l'année des Alpes maritimes. Je fais une pause casse croûte, sans m'attarder. Le GR® passe dans le bas du vallon, derrière l'église à l'écart, traverse le torrent de Jalorgues, et par une piste remonte dans les prés et les bois de mélèzes, au col d'Anelle.
Je rempli ma gourde à la source, et le chemin continue par la forêt, puis un sentier à travers des champs, des prairies fleuries. Des touffes de lavande et de thym poussent dans les rocailles… Ca sent le sud ! ou tout au moins on s'en approche. St Etienne de Tinée apparaît au bas avec ses toits de tuiles roses… J'y arrive après une dernière descente le long de villas et de jardins potagers.
J'ai essayé de téléphoner hier au gîte d'étape, mais sans succès ! encore un gîte fermé entre 9 heures et 17 heures… j'ai donc appelé l'hôtel le Chalet : j'y arrive avant 17 heures. Petite chambre sympa et tranquille. Dans la soirée, l'orage éclate avec grêle pendant plus d'une heure ! Impossible de mettre le nez dehors. Les rues du village sont tapissées de perles blanches. Je devais sortir faire des courses , mais lorsque çà se calme, les magasins ont fermé !
Dîner ce soir : salade niçoise, tagliatelles au pistou (excellent et copieux) glace.
Et la pluie revient !….
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de St Eienne de Tinée au refuge de Longon
Samedi 17 Juillet 2004
Encore une journée qui promet : réveil à 5 heures. Le ciel est parfaitement dégagé ; je quitte St Etienne de Tinée à 5 h 45 par la rue où se trouve la gendarmerie, et en traversant la nationale. Le sentier débute par une côte très rude : un calvaire, avec des stations de chemin de croix à intervalles réguliers. Arrivé en haut, il faut redescendre de l'autre côté, dans le vallon d'Auron. Il est 7 heures un quart, tout est fermé sauf une boulangerie où je peux prendre un thé avec des tartines et un pain au chocolat offert gracieusement !
Comme les autres stations de ski l'été, Auron est moche. Il faut traverser un interminable ravin à moitié comblé, et passer ensuite près des pylônes en longeant des barrières où sont parqués des chevaux. Le
sentier grimpe dans la forêt de pins, et arrive au col de Blainon. Vue sur le Mont Mounier déjà dans les nuages. La descente est très agréable dans le vallon de Roya, avec toutes ses granges, ses bergeries, et une chapelle en ruine dans laquelle je m'étais abrité un jour d'orage.
Le hameau de Roya habité mais coupé de tout en hiver, possède un gîte d'étape refait à neuf, après un incendie ; autrefois l'école était dans ce bâtiment. Aujourd'hui plus d'enfants, donc plus d'école ! Lors de mon premier passage en 84, l'ancienne directrice d'école faisait office de gardienne du gîte…
Dans le bas du village on entre à nouveau dans le Parc du Mercantour, on franchit le torrent, et le sentier remonte dans le bois de mélèzes, et entre les barres rocheuses. Ensuite les prairies, les pâturages, et une bergerie. C'est une interminable montée : on ne voit plus la fin de tout ces lacets, et zigzags qui grimpent! J'arrive sur un plateau herbeux où coule un ruisseau au milieu de mousses humides, et je continue par un long pierrier jusqu'au col de Crousette. Le ciel s'est assombri.
Sur la gauche, le sentier conduit au sommet du Mont Mounier en 45 minutes. Il est bien trop tard, pour faire cette variante, et le temps nuageux qui bouche tout le paysage ne m'y incite pas.
La descente se fait dans les pierriers, les schistes, et les cailloux. Un groupe de randonneurs faisait la pause casse croûte, et redémarre derrière moi… Le terrain est sec, aride. Il faut être proche du col des Moulinès pour commencer à voir un peu de verdure. Plus bas, le passage du torrent apporte un peu de fraîcheur, et le vallon de la Gourgette est très verdoyant, çà change des cailloux depuis un moment ! Encore
un ruisseau à franchir ; un sentier descend au village de Vignols,
mais le GR® remonte encore une interminable côte, et passe entre des
parois rocheuses, pour déboucher aux Portes de Longon sur un vaste
plateau d'alpage, au bout duquel se trouve le refuge de Longon :
ancienne vacherie de Roure. Je m'arrête là, pour aujourd'hui, il est 16 heures 45. Le groupe de randonneurs arrive avec leur accompagnateur en tête, une heure après.
Il y a une trentaine de vaches, génisses, et veaux autour du refuge, et sur 1000 ha de pâturages.
La douche est froide depuis que le chauffe eau est en panne. L'étable a été transformée en dortoir, mais le refuge est agréable.
Dîner : Potage, bourguignon pommes vapeur, fromage, flan. A 20 heures le ciel est bleu et le soleil brille…
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du Refuge de Longon à St Dalmas Valdeblore
Dimanche 18 Juillet 2004
Contrairement aux jours précédents, cette étape ne sera pas très longue, donc je quitte le refuge après le petit déj à 7 heures 45. Il fait très beau ce matin.
Je suis suivi de près par un couple d'Hollandais, et dix minutes plus tard, le groupe avec leur accompagnateur en tête, apparaît entre les arbres. Une belle est grande cascade chute, tandis que le sentier descend au milieu de la forêt de pins et de mélèzes. Une
heure plus tard, j'arrive à Rougios : hameau en ruine ; seul, un
chalet est rénové. La terre et les cailloux sont de couleur rouge sanguine ; les toitures de grosses pierres plates brunes, se marient bien avec le vert des sapins. Une large piste mène au bord de la route, et juste au dessous un sentier mal tracé passe au milieu des ronces, et des épineux. Je
finis par arriver à Roure, agréable village à flanc de montagne.
Je fais une pause omelette au bistrot du coin, et je m'achète un gâteau aux amandes à la boulangerie. Pendant que je remplis ma gourde, le groupe de randonneurs débarque exténué ! Apparemment leur accompagnateur à l'air de les martyriser… Il fait très chaud. Le chemin reprend à l'autre bout du village, en grimpant à la chapelle St Roch, puis dans un sous bois, et continue dans des terres rouges sanguines appelées des roubines. Ce parcours est interminable, les lacets n'en finissent plus sur ces terres agissant comme des réflecteurs de chaleur sous le soleil. Enfin j'arrive à Rimplas, sur un éperon. Près de la mairie, une fontaine fraîche idéale pour faire provision d'eau, croquer une pomme, mouiller ma casquette, et sans hésitation, tremper la tête dans le bassin ! Deux mémés me dévisagent d'un air interrogateur. Je dois avoir l'air d'un extra terrestre : rouge, en sueur, dégoulinant de partout…
En descendant du village, je rencontre trois jeunes savoyards partis de Larche depuis une semaine, et faisant du camping. Nous continuons ensemble dans le bas du vallon jusqu'à la route et remontons en sous bois. Ensuite le chemin longe des champs, des prairies, à proximité des villages de la Bolline et de La Roche.
De gros travaux de construction comme des immeubles de banlieue, sont en cours ; ici? Quelle horreur! Le sentier coupe la route sur plusieurs endroits, à proximité de maisons fleuries, et de jardins potagers, qui bientôt ne seront plus dans le ton. J'arrive enfin à St Dalmas Valdeblore à 15 h 45. L'Eglise Ste Croix a été édifiée en l'an Mil. Les trois jeunes vont camper aux alentours
Je
n'avais pas réservé au gîte d'étape "Les Marmottes",
mais je suis casé sans problème dans une chambre tout seul.
Cependant n'étant pas prévu pour dîner ce soir, je dois aller dans
l'un des deux restos du village… Le groupe qui me suit depuis hier, envahit le gîte deux heures après mon arrivée ! Finalement, je ne suis pas mécontent du tout d'être dans une chambre seul, et d'aller manger au restaurant "Millefonds" une énorme salade niçoise, des tagliatelles au basilic avec un demi rosé de Provence, et pour finir une énorme coupe de glace débordant partout de chantilly !
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Lundi 19 juillet 2004
De St Dalmas Valdeblore au Boréon
Le petit dèj au gîte est très copieux, mais le groupe de 12 randonneurs avec leur accompagnateur font vraiment bande à part : depuis l'autre jour, ils ne se mélangent pas aux autres. " Z'ont p'tête peur d'attraper la randomania à grande vitesse ?…" Bon, j'espère qu'ils vont pas me suivre jusqu'à Menton !… car ils y vont à Menton, d'après la gérante du gîte.
Je quitte St Dalmas à 7 h 45 par le GR® 52, variante plus longue mais plus intéressante que le GR 5 vers le sud et Nice.
Le
temps est un peu nuageux, mais il fait chaud. La montée est agréable
par la forêt de pins et les pâturages, jusqu'au moment où les
mouches deviennent collantes. Arrivé au col de Veillos, je retrouve les trois jeunes qui avaient campé à St Dalmas. Nous sommes assaillis maintenant par des fourmis volantes…. Manquait plus que çà !. Au bas du col, le groupe de randonneurs à l'air de faire la pause…
Je
continue par le sentier rocailleux. Sur les pentes, des moutons et des
brebis bêlent.
Un peu plus haut, le lac de Millefonds dans lequel les nuages se reflètent, alors qu'au loin la vue s'étend sur le parcours de ces derniers jours. On contourne le deuxième lac avant d'arriver au col de Barn ; il est presque 11 heures, je fais une petite pause casse croûte.
Il faut descendre dans le très beau vallon de Barn. A mon avis, tout ce qu'il y a de plus beau sur ce GR® 52 se situe entre le départ ce matin de St Dalmas, jusqu'à la Madone de Fenestre où je passerai demain. Le reste n'est pas d'un grand intérêt, à moins d'aimer marcher dans les cailloux et les éboulis toute la journée…
Une piste bétonnée (quel dommage), remonte par les bois de pins jusqu'au col de Salèse. De l'autre côté, un sentier rocailleux dévale toujours dans la forêt, entre torrents et prairies, avant de rejoindre la route en très mauvais état.
J'arrive au Boréon en même temps que les trois jeunes campeurs. Il n'est même pas 15 heures.
Le Boréon est un hameau au bord du petit lac, où l'on pêche la truite. C'est aussi une station de ski de fond fréquentée l'hiver par les niçois, et à moins de 10 km de St Martin de Vésubie : autrefois appelée "la Suisse Niçoise", pour son calme et son cadre verdoyant !
Le Paradoxe du Gîte
Sans avoir réservé au gîte d'étape de St Dalmas hier, et sans l'avoir demandé, j'ai eu une chambre seul : "luxe suprême dans un gîte". Ici au Boréon, j'ai téléphoné avant hier pour avoir une place en dortoir : "sans problème".
En arrivant, le gardien m'informe qu'il y a une méprise ; le gîte est archi plein. Sûrement encore le groupe qui me suit! Je devrai me contenter d'un lit de camp dans la travée du dortoir en plein passage !… Je n'ai pas le choix : c'est çà ou coucher dehors ! On me propose même une petite réduc… hi hi ! très drôle! Ca sert à quoi de réserver? Le gardien est confus ; et moi donc?
Dans la soirée, j'ai la surprise de constater que le gîte en effet, est plein ! Çà grouille de partout. Il y a même une colo de gamins sous une tente marabout à côté. Les 3 jeunes rencontrés hier campent derrière… Plus surprenant encore : une quinzaine de "pseudos randonneurs" montagnards, qui ne font que se remémorer leurs exploits alpinistiques de hautes volées, et parler d'hivernales aux Ecrins à la Meije, par la voie machin, ou la directissime truc, les nuits dans les hamacs sur une vire à 3500… : " ah !!! c'était le bon temps ! " Eh bien les voilà qui sortent leurs sacs et leurs petites valises à roulettes des voitures garées à dix mètres !
Le gardien, la gardienne sont contents ; ils ont fait le plein… il y a même deux services de repas ce soir. Mais où sont les randonneurs qui marchent à pieds ? Je cherche : il doit y en avoir deux ou trois dans un coin de la salle.
Voilà bien ce que je déplore depuis un certain temps ! Force est de constater que les gîtes d'étapes, et refuges, deviennent tout simplement des lieux de séjour, et c'est une aubaine pour un gérant d'avoir quinze ou vingt personnes arrivant en voiture pour deux ou trois jours.
Le repas est tout de même copieux et excellent : potage, escalope de poulet, pâtes, salade, fromage, tarte myrtilles, et je prends un quart de rouge pour évacuer le stress.
Mais un miracle se produit ! pendant qu'on dînait, le gardien m'annonce que finalement il y a une chambre de libre. Tout à l'heure, c'était complet, avec paraît il des sacs entreposés par un groupe.
A Noël, les jouets tombent dans la cheminée, ici au Boréon en été, les bagages disparaissent pendant le repas! Je dois remballer mes affaires éparpillées sur le lit de camp et par terre au sous sol à 10 heures du soir, pour tout remonter au 2ème étage dans une pièce cabine à deux lits superposés où je suis seul ! A côté, il y a même une autre chambre à un lit, vide !
Je n'ai rien compris à cette stratégie
Y a t-il une éthique dans les gîtes ?
le lac du Boréon |
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Mardi 20 juillet 2004 Du Boréon au refuge de Nice
Qu'est-ce que l'éthique ?
J'ai bien dormi… Il a plut cette nuit, et le ciel est très chargé ce matin. Après le bon petit déjeuner, je paye ma demi pension ; "sans réduc"… normal, puisque j'étais dans une chambre au lieu d'être sur un lit de camp en plein milieu d'un passage ! Tout
est bien qui fini bien… Mais quand même ! où est l'éthique dans
tout çà?
Nouvelle remontée dans les éboulis, un petit névé à traverser ; la pente se redresse dans les derniers mètres, et voilà le Pas des Ladres. Je voulais pousser jusqu'au col de Fenestre : frontière avec l'Italie, sur la ligne de crête du Mont Gelas, mais le ciel couvert ne m'inspire pas.
Je descends directement par le sentier dans le pierrier. Au bas de la pente, un attroupement de gamins, et un moniteur gesticule, et explique qu'ils sont sur le GR® 5, un sentier commençant à Grenoble pour finir à Nice ! Pauvres gamins ! La pédagogie n'est plus de ce monde, et bon nombre de formateurs gagneraient à être reformé.
La montée devient très pénible : à partir de là, ce n'est que pierriers, éboulis, cailloux. A certains passages, les pieds ne suffissent pas, il faut se servir des bras et des mains pour grimper. Les marques de balisage sont un peu éparpillées, mais les cairns sont bien visibles. Je passe près du lac du Colomb entouré d'un névé. Les premières gouttes de pluie arrivent ! La grimpette continue par le sentier sinueux dans les schistes mouillés et glissants, et sur deux gros névés de face en plantant le bout des chaussures, comme pour monter un escalier ! J'évite ainsi les nombreux lacets. Le Pas du Colomb est une brèche entre le Mont Colomb et le Mont Ponset. C'est
vraiment un Pas ; il y a juste de la place pour deux ou trois
personnes.
La pluie continue par intermittence. La descente est assez délicate : la pente rocailleuse est raide sur quelques dizaines de mètres, ensuite il faut traverser de gros blocs d'éboulis.
Avec ces gros nuages gris dans ce paysage austère et lunaire, il se de dégage de cette vallée de la Gordolasque, une atmosphère pesante et lourde. La
pente continue par les
blocs, les cairns. Ensuite un petit sentier renaît au milieu de
touffes d'herbes, et enfin, je retrouve un peu de plat ; encore des éboulis
à gauche du lac de La Foux. Je traverse deux ou trois ruisseaux, et par une dernière remontée, j'arrive au refuge CAF de Nice, relativement tôt : 15 h 30. En téléphonant hier, on m'avait demandé d'être là avant 17 heures. Le refuge est plein. Des employés d'EDF font des vérifications au barrage du lac. Le soir, nous sommes à la même table. Potage, bœuf en daube purée, fromage, crème caramel.
L'étape de demain sera très importante, et je suis seul à me lever tôt. Le plateau du petit déjeuner est prêt, je n'aurai qu'à faire chauffer l'eau de mon thé. On me prépare un sandwich pour demain : deux tranches de pain et une tranche de jambon cru, pour 5 euros.
Dans la soirée, les nuages se volatilisent , le ciel bleu apparaît, et des chamois viennent jusque sur la terrasse du refuge sans crainte. Je suis dans un petit dortoir de 14 places, l'espace n'est pas grand, et comme on a du mal à se retourner, pour éviter de réveiller tout le monde trop tôt, je me couche avec mes chaussettes, mon short et mon t'shirt !
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Mercredi 21 juillet 2004 Grande journée des Baisses... (*)
du refuge CAF de Nice à Sospel
(*) Baisses = cols
Debout à 5 heures, je plie la couverture et remballe mon sac à viande… Je descends dans la salle, pour prendre mon petit déj préparé depuis hier ; reste à faire chauffer l'eau, étaler le beurre sur les tartines, et... manger.
Je veux refaire la même étape qu'il y a 20 ans : être à Sospel ce soir ! Cela paraît un peu fou, je sais, mais possible, et puis c'est peut être la dernière occasion de faire une si grande étape, étant donné mon "grand âge". Je ne vais pas réitérer ce genre "d'exploit" indéfiniment... Faudra bien que je me calme un jour ! 6 heures, je quitte le refuge, sous un grand ciel bleu laissant augurer une belle journée.
De l'autre côté, descente toujours dans les éboulis, les pierriers, et près d'un groupe de chamois que j'ai l'impression de déranger dans leurs ébats matinaux. Il y a un petit lac au milieu de ce décor minéral, et le Mont Bego, en face. J'ai hâte d'en avoir fini avec ces tas de cailloux depuis deux jours ! Par endroits il faut sauter d'un bloc à l'autre. Le tracé passe au dessus du lac du Basto, et rejoint le sentier venant du refuge de Valmasque. Remontée caillouteuse à la Baisse de Valmasque. Je fais une petite pause avant de redescendre dans la Vallée des Merveilles !
A chacun de mes passages ici, je cherche ce qui peut être extraordinaire dans cette vallée. Je crois qu'il n'y a que le nom de "Merveilles", à moins de s'intéresser vraiment aux gravures de plus de 4000 ans, éparpillées sur les versants du Mont Bego, et dans la vallée de Fontanalbe. Autrement, il y a mieux depuis le départ du Lac Léman. Par contre, les lacs sont toujours très beaux, surtout ceux qui égrènent la vallée. Ensuite le grand lac long supérieur au bord duquel se trouve le refuge des Merveilles, souvent complet mais la route n'est pas loin ! le lac Fourcat, lac de Trem, et lac de la Moute. Le sentier remonte au lac du Diable, dernier lac, et point d'eau... Au dessus, le Pas du Diable, où je fais la pause sandwich à midi un quart.
A nouveau un paysage aride et caillouteux en descendant. Je rencontre des touristes qui montent, mais surtout qui suent ! -"C'est encore loin ?" -"Loin quoi ?" -"Eh bé, le col?" -"Une petite demi heure". -"Oh alors c'est rien... allez Gisèle avance !... J'ai oublié de leur préciser qu'une demi heure, c'est le temps mis pour descendre, et d'un bon pas !...
Ensuite çà remonte à la Baisse Cavaline. Il fait très chaud, mais je suis satisfait de retrouver de la verdure, de l'herbe, et le sentier sans cailloux qui contourne la cime de Raus par l'ouest, pour atteindre le col de Raus ; on repasse sur l'autre versant jusqu'à la Baisse de St Véran, puis je longe la crête de l'Ortiguier. Le sentier remonte en plein soleil à la Pointe des Trois Communes, et son Fort détruit pendant la dernière guerre. Il faut suivre la route du col de Turini quelques centaines de mètres, et descendre par un sentier sur la droite dans les pâturages de la ferme de l'Authion. La fontaine est à sec, et je n'ai plus d'eau depuis un moment ! Des troupeaux de vaches sont dans les prairies, je retrouve avec joie des sapins, et de l'ombre : il est 16 heures. Une pancarte inquiétante affiche "Sospel 5 heures"... c'est impossible, où il faut mettre les bouchées doubles ! La fatigue se fait sentir.
Je
vois le sentier à suivre au loin : c'est un long parcours de crêtes à
flanc de montagne, en balcon dans les herbes hautes tantôt adret, tantôt
ubac, avec de belles vues sur les vallées. Cà monte, çà descend, çà tourne, et retourne, par la Baisse de Ventabren, Baisse de Déa, il y a même des Baisses non dénommées !... ensuite la Baisse de Linière où je pars dans une mauvaise direction, et retour en arrière. Je retrouve les balisages, la descente me rassure ; et voila la dernière, la Baisse de Fighière... Ca sent bon les touffes de lavande sauvage, la forêt de pins, et le chant des grillons!....
Un bout de route, et le chemin en lacets dans les bois. Une maison, puis deux, Sospel apparaît... j'ai presque envie de courir : mais le pourrais-je? J'ai mal partout. Paradoxe : plus j'avance, plus Sospel à l'air de s'éloigner ! Encore un chemin, une route, des jardins... Sospel est là entouré de verdure, sous un ciel parfaitement bleu, éclairé par les rayons de soleil du soir. Il est 19 heures 10. Quelle étape !... Je trempe carrément la tête dans un lavoir, et je bois des litres à la fontaine... Je n'avais plus d'eau depuis la Pointe des Trois Communes.
Je connais l'hôtel des Etrangers depuis ma première GTA en 1984. J'ai voulu y retourner. Je ne suis pas déçu, c'est toujours très bien : relativement cher, mais après une étape pareille je m'estime en droit d'un petit plaisir.
Après une bonne douche, quelques étirements, je lave mon short et t'shirt dans un état lamentable... Ensuite je descends dîner : Gâteau de chèvre frais, veau polenta, soufflé glacé au génépi, avec un demi rosé de Provence.
Le croissant de lune et l'étoile du berger brillent dans un ciel limpide au dessus du Pont vieux où coule la Bévéra.
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Jeudi 22 Juillet 2004
de Sospel à Menton
Le petit déjeuner est servi sur la véranda près de la piscine : je farniente un peu ce matin... Cette dernière étape est l'une des plus courtes, alors inutile de se précipiter. C'est le jour de marché, et avant de partir à 9 heures j'y fais un petit tour pour acheter quelques fruits. Je sais que l'eau manque sur ce trajet, et des pommes ou des pêches rafraîchissent toujours.
Je quitte Sospel par la route, et le chemin qui monte en plein soleil. Moins d'une heure après le départ, je dégouline de sueur, et ma gourde est vide. Le seul point d'eau, est un abreuvoir à mi chemin du col de Razet ; je rempli la gourde, et je croque une pomme. Il faut grimper par champs et prairies sèches, où les criquets sautillent de toutes parts. Un passage dans une forêt dense rafraîchi, c'est un changement de température radical sous les pins et les châtaigniers. J'arrive au col de Razet, cinq minutes de pause pour manger une pêche, et première vue sur la mer ! Ca y est ! on y arrive ! Une
légère remontée jusqu'au col de Treitore tout proche de l'Italie.
Il fait chaud, très chaud, et il n'y a plus d'eau.
Un peu plus loin, la Colla Bassa et un troupeau de vaches dans un enclos ; ensuite la Baisse de Fayche Fonda, et descente dans les prairies de Morga : jadis les maraîchers cultivaient fruits et légumes dans ces jardins en terrasses. Maintenant, les murs de soutènement sont envahis de ronces, d'épineux, et seule chose positive : des lavandes sauvages, et des genêts en fleurs embaument.
Encore
une dure remontée dans les herbes sèches, et les pins jusqu'au col
du Berceau. Deux randonneurs font la sieste sous les arbres. Je fais une pause pour manger encore une pêche, çà rafraîchit ; il y a longtemps que je n'ai plus d'eau !
La ville de Menton est là au bas, bien ancrée dans une anse avec son port de plaisance. Je me retourne : je voudrais prendre entre mes mains, ces montagnes que je viens de traverser. Voila! çà va être fini : Je suis heureux d'arriver après seulement 19 jours de marche, et triste que ce soit déjà fini ! " Sait-on ce que l'on veut ?"
La descente est caillouteuse et glissante. Toujours ces herbes sèches de part et d'autre, avec des touffes de lavandes et des genêts. Rien d'étonnant que cela puisse brûler à la moindre malveillance ! Le plan du Lion, et les ruines des granges de St Paul : on touche l'Italie du bout des doigts.
Plus je descends, plus les bruits de la ville se font entendre : les klaxons des voitures, les sirènes des bateaux, même le train de Vintimille... Après avoir parcouru les alpes à pieds, le comble est de passer sous l'autoroute, avec les camions au dessus de nos têtes. Mais le chemin, les escaliers entourés de jardins fleuris, le chant des cigales, font oublier pour encore un court instant que la ville, et ses contraintes sont là.
J'arrive à Menton à 15 heures 40, sur le bord de mer et l'avenue de la Porte de France. Les gens aux terrasses des cafés me regardent ! Je dois encore avoir l'air d'un extra terrestre tout en sueur, dégoulinant sous le t'shirt, et les chaussures de rando aux pieds...
Après avoir posé mon sac à l'hôtel, je n’ai qu’à traverser l'avenue pour faire un plongeon dans la Grande Bleue en face...
Ma 6ème Grande Traversée des Alpes se termine à cet instant. Ce soir c'est la fête! MENTON
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